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 Ressens ma douleur. Ressens mes couleurs.

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MessageSujet: Ressens ma douleur. Ressens mes couleurs.   Ven 19 Sep - 13:51

Notre histoire prend place à  une époque des plus reculées, à un temps où les hommes n'avaient pas encore été créés, à un temps où le Temps lui-même ne revêtait pas encore la forme implacable qu'on lui connait. Il existait ; sous une forme éternelle et globale, une forme qui berçait les univers, sans jamais s'arrêter, et dont les battements de cœur étaient les tambours des mondes. Ne vous méprenez pas, il n'était pas le Chaos. Non, il baignait dans le Chaos. Il était l'Absence de temps, il était son propre antonyme, il était, oui, l’Éternité.
      Fasciné par les déploiements d'étoiles et de galaxies qui s'étendaient sous ses yeux, l’Éternité  avait décidé de peindre, sur une toile tissée de rayons de novas, ce paysage unique, vertigineux et spectaculaire. Armée de ses pinceaux dorés, l’Éternité s'attela à sa création.
Cependant, dans les tréfonds de l'immensité d'encre, Quelqu'un d'autre créait. Quelqu'un d'autre travaillait sur une Création. C'était Lui qui avait organisé les univers, c'était Elle qui avait créé  l’Éternité (Lui, ou Elle, car cet Être-là n'était ni mâle ni femelle, en conséquence de quoi, Il pouvait être les deux). Ce Quelqu'un vint à l’Éternité, alors qu'elle peignait avec ferveur les mystères et les lumières qui l'entouraient.
            « Ton travail est grand, lui dit-Il, mais Je t'ai créé pour un travail plus vaste encore. Suis-Moi,  et embrasse le Destin qui est tiens. » A ces mots, l’Éternité déposa docilement ses pinceaux et quitta à regret sa toile.
      La Terre avait été modelée, mais elle n'était en rien semblable à celle que nous connaissons. Tout poussait, tout s'étendait, le monde s'enchevêtrait en lui-même. Et l'Êtresse Première chargea l’Éternité de venir vivre sur Terre, afin que le battement de son cœur ponctue sa Création de secondes, et que l'ordre advienne. Lorsque l’Éternité accepta et vint se déposer au creux de la Terre, elle devint le Temps, et de ce changement d'essence naquirent quatre enfants : un fils, et trois filles.
      Le Temps, géant colossal, confia à ses trois filles, Aurore, Nuit et Crépuscule, la garde de ses pinceaux d'or. Il savait que ce monde-ci aurait une fin, et que lorsque celle-ci viendrait, il pourrait enfin achever son œuvre. Cependant le Temps était sec de cœur car il avait oublié le sentiment d'éternité. Il avait appris en lui la finitude, et avec cela, la peur de l'incomplétude et de la perte. Alors, un jour que ses filles étaient endormies, il souleva leurs paupières, et glissa ses couleurs les plus précieuses sous leurs pupilles. Car il savait qu'à la fin de la course de ce monde, une fois sa tâche accomplie, il redeviendrait Éternité ; il n'aurait plus alors qu'à leur arracher les yeux afin de retrouver toutes ses plus tendres nuances, aussi intactes et lumineuses que le jour de leur création. A partir de ce jour, le Temps se sentit plus serein.
      Cependant, c'était sans compter son fils aîné, le Jour, qui avait surpris les agissements de son père à son insu. Décidé à libérer ses sœurs, il s'était mis en quête d'un moyen de les faire pleurer à chaudes larmes, car il sentait que c'était là la seule façon de diluer les couleurs de leurs yeux. Or, ses sœurs avaient un caractère bon et rieur, aussi ne désirait-il pas leur faire de peine. Il se dit alors qu'il les ferait pleurer de rire.
      Ils allèrent tous jouer au bord d'une falaise rocailleuse, et le Jour redoubla d'imagination et de créativité pour amuser ses sœurs. Il se mit à danser, mimer, il grimaçait, sautait, traçait dans la poussière de drôles de bêtes, puis rampait, grognait, hurlait, faisait des bruits grotesques avec sa bouche ; et ses sœurs n'en pouvaient plus de rire, de faire la ronde autour de lui quand il chantait, riaient de danser, hurler, sauter avec lui. Et elles rirent, elles rirent tant et tant qu'elles ébranlèrent le monde. Les montagnes se mirent à craquer, et la falaise sur laquelle elles et le Jour se tenaient, se mit à se mouvoir. Et pour chaque larme qu'elles versaient, pour chaque larme de couleur qui tombait et s'écrasait au sol, un arbre poussait, et la terre grandissait. De l'or jaillissait des sols, et la terre sèche sur laquelle ils jouaient se couvrait de verdure, et d'autres richesses. Et jamais le Jour ne cessa ses tours, et toujours il continuait, malgré les bouleversements qui avaient lieu autour d'eux. Jusqu'à ce qu'enfin, le monde autour d'eux se calma, habitué à sa forme nouvelle et stable. Elles en avaient fini de pleurer, de rire, et lorsqu'elles regardèrent autour d'elles, elles ne reconnurent plus rien. Pas même elles-mêmes. Leurs corps, tout comme le monde, s'étaient modifiés. Leurs membres, leur visage, s'étaient allongés, et leurs cheveux touchaient sol désormais. D'être devenues aussi grandes que leur frère les fit exploser de joie, et tous ensemble ils dansèrent et chantèrent, se tenant par les mains, au cœur de la forêt dense qu'était devenue la falaise.
      Éblouis par une soudaine lumière, ils se cachèrent les yeux... puis les entrouvrirent, peu à peu. La lumière émanait d'un arbre ; un arbre gigantesque, au tronc si large que dix faunes se tenant les pattes n'auraient encore pas pu faire une ronde autour. Il était constellé de lumières entrelacées, de l'argent au violet, du pourpre au doré, des tons verdoyants aux plus bleutés... Il n'était qu'ombres et lumières des plus raffinées. Un craquement comme un coup de tonnerre se fit entendre dans le tronc, et celui-ci se déchira en une fente béante, d'où tous entendirent ces mots :
            « Maîtresses, je viens vous avertir d'un danger.
            - Qui êtes-vous ?, s'enquit la Nuit.
            - Né de vos larmes les plus belles où votre Père avait caché un trésor de couleurs, je vous dois la vie. Il vous cherche, mes Dames, je sens en mes racines ses pas qui approchent. Entrez en mon sein, et je vous protégerai de lui.
            - Ô noble Seigneur des Arbres, nous te remercions, dirent-elles en chœur. Mais à la vérité, nous n'avons rien à craindre de notre père. »
      Et ainsi, toutes trois simplement vêtues de leur vastes chevelures, elles avancèrent dans les bois, dont elles étaient les hôtes et les maîtresses. Elles allèrent ainsi, pieds nus, trouver leur père, qui descendait les flancs d'une montagne. Allègres, elles virevoltèrent autour de lui pour le saluer.  Leur père, les voyant ainsi changées, fut pris d'effroi. Sans laisser paraître la moindre émotion, ce géant colossal, dont l'ongle du pouce égalait la taille de leur visage, saisit aussi délicatement qu'il put le menton de chacune de ses filles du bout des doigts, afin d'observer leurs yeux. Et il y vit ce qu'il avait craint : des pupilles translucides baignant au milieu de la lumière qu'elles incarnaient. Nuit avait deux taches d'encre en guise de regard désormais, Crépuscule deux taches d'un violet tendre, et Aurore deux taches du plus doux des orangés.
      Grognant alors de fureur, le Temps éclata en milliers de constellation, hurlant au monde qu'il avait perdu ce qu'il avait de plus précieux, ses couleurs, ses précieuses couleurs ! Sa voix se fit ouragan, lointaine, et les sœurs abandonnées ainsi par leur père, retournèrent dans la forêt. Cependant, à leur retour au pied du Seigneur des Arbres, elles ne trouvèrent plus leur frère. Elles le cherchèrent partout, dans les cimes, sous les racines et les rocs, dans les trous des bêtes, dans les troncs des hêtres, quand soudain, tout fut plongé dans le noir. La lumière du monde venait d'être avalée… ainsi surent-elles que leur père venait de manger le Jour.


      … Bien plus tard, elles allèrent récupérer les pinceaux d'or de leur père là où elles les avaient gardé tout ce temps. De retour dans leur forêt, elles se mirent à dessiner et peindre le monde tel qu'elles l'auraient voulu. Nuit trempait son pinceau dans le deuil de son frère, qu'elle portait toujours. Crépuscule le trempait dans la colère qu'elle ressentait envers son père, et dans son désir de vengeance. Aurore, elle, le trempait dans l'amour qu'elle portait à ses sœurs, reconnaissantes qu'elles soient toujours présentes.
      Elles désiraient se faire ressentir, elles voulaient se prouver leur existence, elles riaient parfois, de folie, et faisaient saigner le monde tellement leurs rires étaient devenus tranchants de peines. Elles voulaient faire ressentir à l'univers leurs espoirs, elles voulaient recréer la lumière que leur frère avait voilé à jamais en disparaissant. Elles voulaient de la vie, partout, sous toutes ses formes, agitée, morne, drôle, bruyante, ou brisée. Tout, toute la vie ! Elles voulaient la vie, la sentir battre au sein de leurs veines, au sein de toutes ces couleurs, de tous ces tracés !
      Il la fallait partout.
      Alors, elles ont décidé d'accueillir les créatures de la forêt qui, comme elles, voulaient créer des émotions. Elles ont accroché des guirlandes de lumières dans les arbres, pour faire croire au Jour. Et tous ensemble, ils créent. Oh, ce n'est pas toujours joli, ni toujours réussi. Mais ils ressentent. Mais ils vivent.



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